Le concept tient en une phrase, affichée par la chaîne elle-même : « A microphone and a white studio. And one rule: you've got one take. » Un studio entièrement blanc, un micro au milieu, un artiste — et une seule prise. Sans filet, sans seconde chance. Ça passe ou ça casse.
Pas d'Auto-Tune visible, pas de retouche, pas de directeur artistique qui réclame « encore, mais avec plus de vibrato ». C'est l'anti-industrie musicale : à une époque où tout est produit, corrigé, filtré, compressé, masterisé puis re-masterisé, cette chaîne japonaise annonce l'inverse — moins de filtres, plus de musique. Résultat : plus de 12 millions d'abonnés et des milliards de vues pour un dispositif ultra-minimaliste.
Décor identique à chaque vidéo, fond blanc, cadrage simple, alternance de plans serrés et larges. On met un artiste dans un espace vide et on observe ce qu'il reste quand on enlève tout le reste : les respirations s'entendent, les regards comptent, les silences ont du poids.
LiSA, YOASOBI, Creepy Nuts, Yuuri… mais aussi Harry Styles, Avril Lavigne, des artistes chinois — et même un VTuber japonais, avatar virtuel devant le même micro et le même fond blanc. Certaines vidéos dépassent les cent millions de vues.
L'artiste respire, se concentre, regarde le micro. Ces quelques secondes sont presque plus importantes que la chanson : on comprend l'enjeu, et des superstars qui remplissent des stades redeviennent soudain humaines.
Enlever tout le superflu jusqu'à ce qu'il ne reste que l'essentiel — et obtenir souvent la meilleure version de la chanson.
Dans une ère de surenchère permanente — clips à budgets démesurés, chorégraphies millimétrées, storytelling plus long que la chanson —, THE FIRST TAKE fait exactement l'inverse. Un journaliste du Japan Times y voit le signe que le public cherche davantage d'authenticité dans la musique. Et souvent, la pression de la prise unique produit la meilleure version du morceau : au-dessus du clip officiel, au-dessus des versions de concert. Une intensité, une présence, irremplaçables.
La limite, honnête : cette authenticité est en partie mise en scène. Sur Reddit, des auditeurs relèvent que les performances reçoivent malgré tout un traitement audio classique — compression, mixage. La prise est unique, mais il y a toujours un ingénieur du son quelque part qui appuie sur des boutons. Le cœur du projet tient quand même : l'artiste doit réussir sur le moment, et ça change tout.
« Dans un monde saturé de contenu, cette simplicité devient presque révolutionnaire. Si on avait su, on aurait fait MediaCritic devant un mur blanc depuis le début. » — Alex & Lolo
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